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Critique publiée par Claudia Larochelle


Naufrage

de Biz
Résumé

Frédérick forme un couple heureux avec Marieke. Ensemble, ils ont un fils, Nestor, qui fait leur joie. Tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes si Fred, analyste au module Analyse et statistique du ministère des Structures, n’avait pas soudain été muté aux Archives, ce qui équivaut, il le constate rapidement, à un tablettage en règle… Comment peut-on accomplir quoi que ce soit aux Archives, où personne ne semble travailler, sans avoir un code pour utiliser son ordinateur ? Comment peut-on rester sain d’esprit dans ces méandres bureaucratiques qui nient la valeur de l’individu ? Comment demeurer équilibré quand le tapis se dérobe sous vos pieds ?

Pendant quelque temps, Fred tente de faire contre mauvaise fortune bon coeur. Être payé à se tourner les pouces durant huit heures, est-ce un si terrible sort ? C’est un des vices de notre lâcheté collective que de nous pousser à tolérer une telle situation… Pourquoi donc ne pas en profiter ?

Mais l’homme est cultivé, opiniâtre. Il porte un grand intérêt à l’histoire et à la politique. Il a une passion pour le social, et sa vie de mari et de père ne prend son véritable sens que conjuguée à un rôle actif dans la société.

Alors tout en lui proteste… Il sent que sa seule planche de salut serait de se faire le chevalier d’une efficacité renouvelée, d’un nouvel ordre bureaucratique.

Un matin, ivre de cette possibilité, il part reconduire son fils à la garderie et s’imagine déjà devenir justicier, espionner, documenter l’incroyable incurie qui règne aux Archives. Et puis il y a les animateurs de Radio X qui alimentent sa rage en pourfendant le laisser-faire, la paresse des fonctionnaires, l’ineptie gouvernementale.

Lui, Frédérick, à défaut de travailler, pourrait se rendre utile en dénonçant une situation qu’il connaît bien !

Et il l’aurait fait ce jour-là, tout entier préoccupé qu’il était à planifier sa sortie publique, si seulement n’était pas survenu le naufrage annoncé…

Dès lors, tout se détricote.
C’est la chute, c’est l’horreur au quotidien.
Ce sont les pages de la douleur, précises, chirurgicales.

Avec sa verve habituelle, Biz nous donne une gifle et une leçon de compassion.

Critique

Naufrage est à prendre avec des pincettes. Vous aurez des frissons de bord en bord du corps en le lisant. Imaginez ce qu’il pourrait arriver de pire à un père aimant qui par un jour caniculaire de distraction – il s’ennuie à mourir dans sa job de fonctionnaire - oublie ce qu’il a de plus précieux au monde… ? Imaginez… Inutile de vous faire un dessin. Vous en crèverez de chagrin. C’est le roman le plus dur que j’ai lu cette année, tous genres confondus. Or, il fouette, il raisonne, il redessine le monde d’une manière insoupçonnée, avec l’art du magicien Biz qui sait jouer avec les ténèbres comme personne d’autre. Et ce n’est pas pour faire réagir son lectorat ! C’est parce que Biz est hanté et habité, parce qu’il tente de comprendre les facettes les plus obscures du monde dans lequel il vit. Bien qu’intense et sombre, il s’agit d’une lecture précieuse et confrontante.

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