Retour

Critique publiée par Claudia Larochelle


Mémoire de fille

de Annie Ernaux
Résumé

"J’ai voulu l’oublier cette fille. L’oublier vraiment, c’est-à-dire ne plus avoir envie d’écrire sur elle. Ne plus penser que je dois écrire sur elle, son désir, sa folie, son idiotie et son orgueil, sa faim et son sang tari. Je n’y suis jamais parvenue." Dans Mémoire de fille, Annie Ernaux replonge dans l’été 1958, celui de sa première nuit avec un homme, à la colonie de S. dans l’Orne. Nuit dont l’onde de choc s’est propagée violemment dans son corps et sur son existence durant deux années.S’appuyant sur des images indélébiles de sa mémoire, des photos et des lettres écrites à ses amies, elle interroge cette fille qu’elle a été dans un va-et-vient implacable entre hier et aujourd'hui.

Critique

J’aime Annie Ernaux d’un amour quasi inconditionnel, je suis sans doute sa fan numéro un au Québec et j’attends chacun de ses romans comme le messie… ce qui n’est pas peu dire. Mémoire de fille, son tout dernier, ne m’a pas déçu et il m’a même réconcilié avec une période de mon adolescence qui était demeurée flou. Il s’agit de ses souvenirs épars de la première fois qu’elle a eu un rapport sexuel avec un homme. C’était à l’été 1958. L’été de tous les possibles. L’été de la perte d’innocence, quand ce qui nous reste de candeur s’effrite sous le poids de la chair de l’autre, celui en qui on mettait tellement d’espoir. Dans une écriture riche et fine, Annie Ernaux se souvient à travers son héroïne qui nous touche droit au cœur. Cette écrivaine a l’intelligence des sentiments, le soucis des détails du quotidien, le rend chaque fois moins banal ce quotidien. Elle redonne ses lettres de noblesse aux choses qu’on croyait infiniment secondaires.

Partager


Donnez votre avis